INTERVIEW WITH NICO ESCUDE:
http://www.fft.fr/evenements2004/CD-...itwescude.html
(28/03) - Ecarté des courts durant plus de six mois en fin de saison dernière, à cause d'une blessure à la hanche, Nicolas Escudé a effectué en janvier un retour fracassant sur le circuit en remportant à Doha le quatrième titre de sa carrière. Revenu -quasiment- au niveau qui était le sien avant de quitter la compétition, le Palois se projette néanmoins prudemment dans ce quart de finale face à la Suisse aux allures de revanche. Confidences…
Nicolas, comment allez-vous ?
Bien, je n'ai aucun souci. Je ne souffre plus d'aucun pépin physique.
Après vos résultats encourageants à Indian Wells (huitième de finaliste, Ndlr), estimez-vous être revenu à votre meilleur niveau ?
Dire que je suis à mon meilleur niveau ne serait pas vraiment honnête, car je suis arrivé en Californie avec très peu d'entraînement derrière moi. D'ailleurs, je n'ai repris la raquette que là-bas. Je ne suis donc pas encore au top.
Avec le recul, comment avez-vous vécu ces six mois passés loin du circuit ?
La première moitié de mon arrêt a été beaucoup moins pénible que la deuxième. J'ai fait des choses que je n'ai pas l'habitude de faire lorsque je suis sur le circuit, comme aller voir ma famille ou partir en vacances. Les deux premiers mois ont donc été plutôt faciles à vivre. Ensuite, il est vrai que j'ai trouvé le temps un peu long !
"J'ai eu peur de devoir arrêter ma carrière"
Qu'est-ce qui, justement, rend le temps si long dans ce type de situation ?
On est éloigné des courts et, de ce fait, on n'a plus aucun repère. On n'a plus de travail ! On ne fait rien de ses journées, ce qui rend fatalement le temps long.
A partir de quel moment avez-vous enfin entrevu la lumière au bout du tunnel ?
Dès que j'ai repris l'entraînement, ne serait-ce que l'entraînement physique. C'est à ce moment-là que j'ai compris que le retour n'était plus très loin.
Du fait de la gravité de votre blessure, avez-vous eu peur de devoir mettre un terme à votre carrière ?
Oui, notamment après mon abandon à Wimbledon et durant le mois qui a suivi. J'ai dû me soumettre à un certain nombre d'examens pour déterminer la cause de la blessure et la durée de l'arrêt qu'elle allait entraîner. Et pendant ces quelques semaines, j'ai vécu de vrais moments de doute.
Dans quel état psychologique vous trouviez-vous ?
J'étais tout simplement au fond du gouffre !
Parlez-nous de votre retour…
J'ai bien repris l'entraînement avec mon nouvel entraîneur (Thierry Champion, Ndlr). Le contact a été bon immédiatement, ce qui a entraîné une bonne qualité de travail dès le départ. On a travaillé pendant deux mois et demi, puis je suis parti à Doha, pour obtenir le résultat que l'on connaît.
Que vous apporte Thierry Champion ?
Il a un discours et une approche qui diffèrent de ce que j'ai pu connaître auparavant, ce qui est pour moi très appréciable. "J'emmagasine" donc au maximum.
"Doha a été une victoire sur moi-même"
Quelles différences y a-t-il dans sa manière de travailler avec vous, par rapport à Arnaud Casagrande, votre ancien coach ?
Il n'y en a pas vraiment, étant donné qu'il n'y a eu aucune réelle modification à apporter à mon jeu.
Mais on a entendu beaucoup de choses sur votre nouvelle technique au service. A-t-elle vraiment changé quelque chose ?
Non. D'ailleurs, le service n'est pas ma grande force en ce moment. Tout ce "brouhaha" autour de mon service m'a bien fait rigoler, sachant que la modification est minime et que mon geste et mon rythme n'ont pas changé. Il s'agit simplement d'éviter que mon pied arrière ne vienne mordre sur la ligne.
Pour votre retour à la compétition, vous avez réussi un coup de maître en vous imposant à Doha. Aviez-vous imaginé un retour aussi fracassant sur le circuit ?
Ce qui m'importait avant tout, c'était de revenir sur les courts et de prendre du plaisir. Et surtout ne plus avoir mal. Mais il est évident que je n'avais pas envisagé de gagner un tournoi pour mon retour à la compétition.
Lorsque vous avez soulevé le trophée à Doha, avez-vous pensé à ces six mois passés loin des courts ?
C'est sûr qu'il s'agissait d'une sorte de victoire sur moi-même. Cependant, je ne me suis pas dit : "Ça y est, tout est enfin fini." Car il s'agit d'une blessure qui n'est ni musculaire, ni tendineux, mais osseuse… Elle peut donc ressurgir à n'importe quel moment.
Ne pensez-vous pas que ce retour en fanfare a été trop spectaculaire, perturbant ensuite votre tournée australienne ?
Peut-être, mais je préfère incontestablement avoir gagné à Doha, plutôt que d'avoir remporté quelques matches sur la tournée en Australie pour me planter juste derrière au premier tour à Melbourne. De toute façon, concernant les victoires, je suis toujours preneur !
"Le retour de Sébastien redonne du poids à l'équipe"
Quels objectifs vous êtes-vous fixé pour 2004 ?
Je n'en avais pas vraiment en début de saison, si ce n'est de pouvoir jouer sans douleur et de réussir à enchaîner quelques matches pour voir ensuite où cela me mènerait.
Après votre victoire à Doha, vos objectifs ont-ils été revus à la hausse ?
Non, mis à part essayer de réussir quelques gros coups sur les tournois du Grand Chelem et les Masters Series. Il ne faut pas oublier que mes six mois d'indisponibilité ont été très difficiles. Avoir gagné un tournoi aussi rapidement est absolument génial. Mais après ça, il ne fallait surtout pas s'emballer.
Revenons maintenant au premier tour de Coupe Davis, remporté par la France face à la Croatie. Avez-vous ressenti à Metz une tension particulière ?
Aucune ! La vie du groupe était parfaitement identique à celle d'avant. Avec, en prime, une ambiance extraordinaire avec les deux nouveaux : Thierry (Ascione) et Olivier (Mutis). On s'est vraiment régalés.
Guy Forget était-il égal à lui-même ?
Oui. C'est vrai qu'il avait une grosse pression sur les épaules, mais comme c'était le cas également pour "Mika" (Mickaël Llodra) et moi-même avant le double ! Chacun a bien assumé son rôle et c'est très bien comme ça.
Quelles seront, selon vous, les clés de la rencontre face à la Suisse ?
Je pense que les deux points face au numéro deux, quel qu'il soit, seront impératifs. Mais il y aura surtout le double. Et pourquoi ne pas essayer de prendre un point à Federer ?
Que savez-vous de la surface choisie par l'équipe suisse ?
Lorsqu'elle a été annoncée pendant le tournoi de Marseille, j'ai été surpris car je ne connaissais pas cette marque (Opticourt, Ndlr). Mais apparemment, elle serait similaire à la surface utilisée au tournoi de Vienne, c'est-à-dire pas forcément très rapide.
Le retour de Sébastien Grosjean (absent à Metz pour blessure, Ndlr) va-t-il changer la donne pour cette rencontre ?
C'est vrai qu'avant d'aborder le premier tour à Metz, on avait appris à la fois la non sélection de Fabrice Santoro et le forfait de Sébastien Grosjean. Cela faisait beaucoup ! Il est indéniable que le retour de Sébastien redonne du poids à l'équipe de France.
"On ressent moins de pression à l'extérieur"
Selon vous, que faut-il faire pour éviter le scénario catastrophe du quart de finale 2003 face à cette même équipe suisse ?
Il faudra que chacun soit bien concentré et que la préparation de la rencontre se passe dans un sérieux exemplaire. Il faudra aussi tout donner sur le court, et garder un esprit collectif irréprochable.
Pensez-vous que Roger Federer est intouchable ?
De ce qu'il a déjà montré cette saison, c'est vrai qu'il est impressionnant. Cependant, en Coupe Davis, d'autres paramètres entrent en ligne de compte, notamment sur le plan émotionnel. L'an passé, en demi-finale, Roger Federer a perdu en Australie contre Lleyton Hewitt, alors qu'il menait deux sets à zéro. C'est sûr qu'il va être très dur à battre, mais ce n'est pas perdu d'avance.
Préférez-vous affronter la Suisse en Suisse ou en France ?
On ressent un peu moins de pression à l'extérieur. Mais la pression lorsqu'on évolue devant son public est ce que l'on appelle une pression positive. Le public peut alors faire office de cinquième homme.
Face à une équipe comme la Suisse, qui possède un "super" Federer, a-t-on tendance à se focaliser un peu plus sur l'adversaire que lors des autres rencontres ?
Dans tous les cas, on essaie de faire son match tout en tenant compte de l'adversaire. Que ce soit Roger ou un autre ne change rien.
Selon vous, la Suisse part-elle favorite sur cette rencontre ?
Forcément. Elle possède le numéro un mondial. Il n'a perdu qu'un match depuis le début de saison (contre Tim Henman à Rotterdam, Ndlr) et a déjà trois titres en poche !
Ceci dit, s'il se blesse, l'équipe suisse n'a pas autant de solutions que l'équipe de France…
Ça, c'est leur problème !
On connaît la force de la Suisse. Mais quelle est sa faiblesse ?
C'est exactement ça ! Si les Suisses perdent leur numéro un, ils ne seront vraiment pas bien !