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Old 01-13-2008, 08:25 AM   #62
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Default Re: Fabrice News and Articles

Long interview of Fabrice in L’Equipe today :

« SUIS-JE DIFFÉRENT ? »
FABRICE SANTORO disputera mardi son 62e tournoi du Grand Chelem. Un record historique qui a sa part d’ombre. SYDNEY – (AUS) de notre envoyé spécial

« ON Y EST. L’Open d’Australie sera votre 62e tournoi du Grand Chelem, record d’Agassi battu. Quand vous entendez cette phrase, quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit ?
– Incroyable. Dans la longue histoire de ce jeu, il y en a eu des champions qui ont duré. Connors, Agassi… Eh bien, même si je ne leur arrive pas à la cheville question palmarès, sur ce coup-là, c’est mieux qu’eux ! Ce n’était pas du tout prévu comme ça au départ. Mon premier Roland-Garros, en 1989, j’ai l’impression que c’était dans une autre vie. Je revois les images, je me souviens du scénario du match mais c’est comme si ce n’était pas moi.
– Piquer un record à Agassi, ça fait quoi ?
– C’est bien le seul que je peux lui piquer ! Mais, je dois l’avouer, ça ajoute de la beauté au truc. Prendre ce record à une légende, ça sublime la chose. J’aurais adoré pouvoir en parler avec lui. Je me serais presque excusé, je crois. Je lui aurais dit : “Merci de m’avoir laissé au moins ça. T’as vu, y a une chose où j’aurai été meilleur que toi”... (Rire.)
– À quel moment avez-vous pensé à prendre en chasse ce record ?
– Quand la presse a commencé à m’en parler, vers le cinquante-troisième, cinquante-quatrième… Mais, en fin d’année dernière encore, je me demandais : “J’y vais ? J’y vais pas ?” Et puis j’ai réalisé que ce record était trop beau et je suis venu. Si la santé suit, j’espère pousser jusqu’à soixante-cinq. Depuis que je suis arrivé en Australie, c’est dingue ce que ça a déclenché comme sympathie autour de moi. Cela dit, je ne serais pas venu si je pensais que j’allais être ridicule. Je suis là avant tout parce que je me sens compétitif. Et, pour l’être encore, j’ai dû changer des tas de choses : j’ai gagné 20 km/h au service, allongé ma raquette de 2,5 cm, changé de cordage…
– Est-ce que vous vous dites que, pour en arriver là, vous devez être quelqu’un de spécial ?
– J’ai un parcours atypique, j’ai mes propres convictions sur mon métier… Parfois, je me demande : “Suis-je différent ?” Je crois que oui. En tant que joueur de tennis, pas en tant qu’homme.
– Remontons le temps. Nous sommes en 1989. À Roland- Garros. C’est votre premier match en Grand Chelem…
– J’ai une wild-card et je joue au premier tour contre l’Américain David Wheaton. Je perds 8-6 au cinquième set. J’avais planté le décor. Vous avez compris, avec moi, ce sera long à tous les niveaux ; les matches seront longs, la carrière aussi. Ceux qui ne m’aiment pas, changez de sport parce que vous n’avez pas fini de me voir !
– Il était comment, le Santoro de cette époque ?
– C’était un gamin pas sûr de lui, craintif. J’avais peur de l’échec, peur d’être jugé en permanence. Je pensais malheureusement que le seul moyen de réussir était de ne pas s’amuser. Dans ma tête, il fallait souffrir, se coucher à 9 heures et ne plus parler à personne deux heures avant le match. Quand je voyais des gars rigoler à l’entraînement ou dans les vestiaires, je pensais : “Ils sont fous, ils n’y arriveront jamais.”
– Et ce gamin avait tort…
– Tout faux. Regardez, aujourd’hui, le joueur qui réussit le mieux est le plus épanoui. Federer, il blague dans le vestiaire, il est bien dans sa peau, joyeux. Il a tout compris très tôt ; ça, c’est étonnant. Moi, j’aurais aimé avoir trente ans à vingt ans. Je suis devenu vieux trop jeune, en fait. Normalement, un jeune est insouciant. Moi, à vingt ans, j’étais super rigide. Et aujourd’hui, à un âge où on devient peut-être plus sérieux, je tourne tout en dérision. J’ai du recul sur mon métier. Une défaite, une demi-heure après, elle est analysée et elle s’en va de ma tête.
– Quand avez-vous compris que vous étiez dans l’erreur ?
– La bascule, c’est 1996. Je ne prenais plus du tout de plaisir. J’étais dans une impasse à cause de mon jeu ultradéfensif. Je gagnais grâce aux fautes des autres, en me disant : “Si le gars fait trois fautes et deux points, au bout, c’est moi qui gagne.” Mon jeu était triste, moi aussi.
– Étiez-vous conscient de l’image que le public avait de vous ?
– Évidemment. J’entendais des choses qui faisaient mal : “Ah, Santoro va jouer ? Bon, c’est parti pour une purge de cinq heures. Il ne fait que des ronds, on va se faire ch…” Personne ne rêve d’entendre ça. En même temps, je ne savais faire que ça.
– Et c’est votre père qui vous a sorti de là…
– Je lui dois tout. Quand il me reprend, en novembre 1996, pour réformer mon jeu, je n’avais gagné qu’un titre en double. Voilà, tout est dit.
– Quand on y pense, le renversement est assez étonnant. Aujourd’hui, les publics du monde entier ont envie de voir jouer Santoro…
– Oui, c’est fou. Chez moi, à part la tête, tout a changé. J’aborde mon métier comme un spectacle. Jeudi à Sydney, contre Korolev, vu l’heure tardive, je pensais qu’il n’y aurait pas foule. Et c’était plein, avec une ambiance électrique.
– Vous dites que maintenant il vous faut cinq minutes pour préparer vos matches…
– Quand j’avais vingt ans, je dormais mal la veille, je me concentrais trop de temps avant et, quand j’entrais sur le terrain, sur un réservoir de 100 litres, il ne m’en restait plus que 50. Aujourd’hui, j’ai un réservoir de 50 litres. Mais quand j’entre sur le court, j’ai toujours 50 litres. Je sais ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ça doit être ça, l’expérience… Une demi-heure avant mon match ici contre Darcis, j’ai fait une sieste de dix minutes. J’avais programmé le réveil du téléphone. J’ai dormi douze minutes exactement.
– Cela semble insensé…
– Non, je peux me le permettre, parce que, par ailleurs, tout a été préparé. Mes raquettes ont la bonne tension, mes boissons sont prêtes, ma tactique aussi. C’est tout sauf du dilettantisme. Avant mon match contre Blake, dans les vestiaires, j’ai pris un gros fou rire avec Richard (Gasquet). J’avais les larmes aux yeux quand le juge-arbitre a dit : “Allez les gars, on y va.” Mais, du moment que j’ai entendu ça, hop ! mon regard a changé et je suis entré dans un autre état. J’étais prêt à me battre. Et chez moi, se battre est un réflexe. Cinq minutes dans le couloir, cinq minutes d’échauffement, ça suffit largement pour se concentrer.
– Il vous arrive, bien sûr, de ne pas gagner. Mais vous arrive-t-il de ne pas savoir comment il faudrait s’y prendre ?
– Je ne détiens pas la vérité. Il m’arrive souvent de me tromper. Quand je parle à des jeunes joueurs, je ne leur demande pas de penser comme moi mais je les pousse à réfléchir, à trouver les réponses.
– Êtes-vous d’accord pour dire que s’il n’y a plus cette petite peur avant d’entrer sur un court, ça ne sert à rien d’y venir ?
– Oui. Mais moi, je l’ai toujours, ce trac ! C’est celui de ne pas être à la hauteur, de décevoir les gens qui ont payé pour nous regarder. Contre Korolev, les spectateurs ont passé une bonne soirée et j’ai gagné. Contre Blake, à New York l’an dernier, ils en avaient passé une meilleure et j’avais perdu. Finalement, peu importe ce qui m’arrive à la fin, du moment que j’ai “matché”. Il faut me croire, la peur de mal faire est toujours avec moi. Si je rencontre Federer au deuxième tour à Melbourne, le défi sera tellement haut que je serai terrorisé de ne pas être au niveau et de me trouer complètement.
– Tenez-vous à jour vos fiches sur les autres joueurs du circuit ?
– J’avoue, j’ai un peu lâché. Ça prend du temps, quand même.
– Quand ce sera vraiment la fin, qu’allez-vous en faire ? Les vendre aux autres joueurs sur e-Bay ?
– Ça va pas, non ? Je ne vais pas les vendre. Je les donnerai à qui me les demandera.
– Qu’y a-t-il d’écrit sur la fiche Federer ?
– Je ne sais pas… Ah si, il y a écrit : “respect !” (Il rigole.)
– Cette analyse des adversaires, est-ce vraiment si utile que ça ?
– Pour moi, en tout cas, oui ! C’est une carte de plus entre mes mains. Mardi, j’avais un jour de repos. Je me suis entraîné le matin mais l’après-midi, plutôt que d’aller faire une autre séance, je suis allé voir jouer Darcis que j’affrontais le lendemain. J’ai vu un set et, en partant, j’avais mon plan de jeu en tête.
– Vous savez ce qu’on dit de vous. Qu’un jour, vous allez être le coach de Richard Gasquet. Vrai ou faux ?
– Depuis qu’il est avec Éric Deblicker, Richard progresse sans arrêt. Je suis très proche d’eux et s’ils ont besoin d’un avis, je suis à leur service. Moi, je ne m’imagine pas coach à temps plein. J’ai envie de transmettre ce que j’ai mis vingt ans à apprendre. Mais plutôt en repartant tout en bas, avec des jeunes.
– Deuxième bruit qui court : vous êtes décidé à devenir capitaine de Coupe Davis…
– J’y pense encore moins.
– Comme joueur, la Coupe Davis, pour vous, c’est foutu, non ?
– Je ne peux pas répondre aussi formellement. Ça serait tourner une page ; or, je suis toujours à la disposition de mon pays. Parfois, je me dis que l’équipe serait plus forte si j’étais là… Peut-être que je me trompe… J’ai été gâté avec la Coupe Davis et aujourd’hui, c’est une blessure. Mais je n’y pense pas du matin au soir.
– Quand certains joueurs français mettent en doute votre esprit d’équipe, ça vous inspire quoi ?
– Pfff… J’ai lu que j’étais un des meilleurs joueurs de double. Or, le double, ça se joue à deux, non ? Voilà, c’est une forme de réponse.
– Justement, avec qui aimeriez-vous disputer le double aux Jeux Olympiques ?
– J’aimerais bien que ce soit avec Richard.
– Vous avez trente-cinq ans. Franchement, vous n’êtes pas largué, au milieu de tous ces jeunes de vingt ans ?
– Non, ça va… J’ai mon iPod, mon iPhone, je suis sur Facebook, tout comme eux, quoi. Bon, j’ai aussi la collection des Martine pour ma fille et ça, c’est sûr qu’ils ne l’ont pas. Ce qui fait drôle, c’est quand Korolev, à Moscou, m’a montré une photo de nous deux quand j’étais venu disputer le tournoi. Il avait sept ans ! Djokovic m’a fait la même chose à Bercy. Cette année, si ça se trouve, je vais rencontrer Eysseric. Je pourrais être son père ! Quand il est né, j’étais cinquantième mondial.
– Savez-vous si cette saison sera la der des ders ?
– Rien n’est tranché. Je sais que cette tournée australienne sera ma dernière cette année. Je ne ferai plus trois tournois de suite, je jouerai Indian Wells mais pas Miami. Jamais, et de loin, je n’avais eu autant de mal à repartir que cette fois. C’est le premier hiver où je néglige ma préparation physique et je n’ai pas honte de le dire.
– Qu’est-ce qui a fait que boucler votre valise, fin décembre, fut si difficile ?
– Ma fille, surtout ma fille. Quand je pars aussi longtemps, je sais que je rate plein de choses avec elle. L’aider à faire ses devoirs, l’emmener à l’école, à un spectacle… Un matin, ici, en me réveillant, j’ai reçu une vidéo d’elle. Au début, ç’a été la joie et puis après, j’ai compris qu’elle me réclamait. Ça m’a secoué. Après ça, vous ne pouvez pas appuyer sur “stop” et partir jouer comme si de rien n’était. Pourtant, je devais affronter Blake. Dans ces moments-là, et il y en a pas mal, je me demande si ma vraie place est ici. Les aller-retour club-hôtel, hôtel-club, tout ça est très pauvre à côté de ce que je laisse à la maison.
– Si, dans deux ans, vous n’êtes ni coach de Gasquet ni capitaine de Coupe Davis, pourriez-vous être tenté par une fonction politique ?
– Rien n’est interdit.
– En avez-vous parlé avec Nicolas Sarkozy, que vous aviez soutenu pendant la campagne présidentielle ?
– Non.
– Vous le trouvez comment, Sarkozy, maintenant qu’il est président de la République ?
– J’ai écouté son discours de rentrée. Je crois en lui et en ses idées.
– Et le reste… Son style, le yacht de Bolloré, Euro Disney avec Carla Bruni, “le Fouquet’s”…
– (Long silence.) Je comprends que certains Français aient pu être choqués. Mais je respecte le style de vie de chacun.
– L’automne dernier, vous avez, vous aussi, été “pipolisé”. Un magazine a évoqué une liaison avec la comédienne Astrid Veillon.
– Un jour, pour voir, j’ai tapé mon nom sur Google et le premier truc qui apparaissait, c’était un article d’un magazine people disant : “Santoro a une liaison avec Astrid Veillon.” Ça m’a vraiment dérangé que l’on écrive sans savoir.
– C’est-à-dire ?
– Voilà. J’ai trente-cinq ans, je suis trente-septième mondial, je vais battre le record des participations en Grand Chelem mais tout ça a eu un prix et des conséquences. Depuis la naissance de ma fille, ma vie privée a toujours été plus importante que le tennis et, pourtant, j’ai su préserver mon métier mais pas ma famille. Si j’avais arrêté il y a trois ans, j’aurais certainement sauvé mon couple (avec la mère de sa fille)… C’est très dur de se dire ça. Ça, c’est une vraie blessure. Ai-je fait le bon choix ? Est-ce que je dois le regretter ? »
FRÉDÉRIC BERNÈS
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