MensTennisForums.com - View Single Post - ^^Jonathan Eysseric^^

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Old 05-09-2007, 06:15 PM   #135
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There is a long article about Jonathan’s training with Fed in l’Équipe today:
Quote:
« Ma rencontre avec Federer »
JONATHAN EYSSERIC, Français et n° 1 mondial juniors, a été partenaire d’entraînement du Suisse la semaine passée. Témoignage.

Roger Federer va bien. Sa défaite en double contre Rafael Nadal, lundi, ne l’a pas marqué. Pas plus que la douleur à la hanche qui avait gâché son samedi. Hier, il a franchi en souplesse un premier obstacle pourtant menaçant. Vainqueur en deux sets (6-3, 6-4) de Nicolas Almagro, il a beaucoup moins souffert contre l’Espagnol que l’année précédente (victoire 6-3, 6-7, 7-5 en quart de finale). Déjà qualifié pour le troisième tour, Federer bénéficiera d’une journée de repos avant d’affronter le vainqueur du match Gasquet-Volandri. On le sent serein, rendu très confiant par ses derniers jours d’entraînement : « Ayant joué une finale moins dure à Monaco que l’an dernier, je me suis entraîné plus dur : de l’ordre de quatre ou cinq heures par jour. C’était fantastique. En Suisse, j’ai fait venir comme “sparring-partner” un Français, numéro 1 mondial juniors. On a eu quelques bonnes séances. » Ce junior n’est autre que Jonathan Eysseric, qui possède la particularité d’être un gros frappeur, gaucher, comme un certain Rafael Nadal. Il raconte ci-dessous son aventure.
« ROGER CHERCHAIT un gaucher et il a contacté mon agent pour savoir si j’étais libre pendant cinq semaines à partir de Monte-Carlo jusqu’à Roland-Garros. On a dû refuser : je suis un “matcheur” et ne faire que des entraînements pendant cinq semaines, cela n’aurait pas été possible. J’avais un peu les boules, mais bon…
Puis, on s’est vus à Monte-Carlo. Mon père lui a dit qu’on pouvait annuler un tournoi la semaine d’après et qu’on était disponibles. Roger nous a dit qu’il nous contacterait trois jours plus tard. Il l’a fait et nous a dit qu’on allait s’entraîner ensemble à Zurich. Et qu’on ferait la même chose la semaine d’avant Roland, normalement du mardi au samedi.
À l’origine, on devait s’entraîner dans le club de Martina Hingis. Mais le club a fait un peu de pub autour de ça. Ils l’ont même annoncé à la radio, du genre : “Roger s’entraînera demain à tel endroit à telle heure.” Ça ne lui a pas trop plu (rires) ! Finalement, on est allés s’entraîner dans un club, je ne sais même pas où, dans la montagne, au-dessus de Zurich. Il y avait juste trois courts. Les gens étaient hyper cool, il y avait juste les enfants du club. Derrière le grillage, il n’y avait que des vaches ! C’était assez irréel…
« Je n’avais jamais affronté une balle aussi lourde »
J’ai tapé avec lui durant trois jours. Deux séances le mercredi, deux séances le jeudi et une grosse le vendredi. En fait, Roger m’a demandé de jouer “à la Nadal”. Moi, ça m’arrangeait : c’est comme ça qu’il faut que je joue si je veux progresser sur terre battue. Donc, je faisais énormément tourner la balle avec mon coup droit sur son revers ; ou bien l’inverse, pour les décalages coup droit de Nadal. Puis, je lui faisais travailler la volée pendant trois quarts d’heure. Et on finissait par quelques points… On sentait que lui et Tony Roche voulaient travailler des trucs bien précis.
Avant de le rencontrer, j’adorais le joueur, qui est incroyable, mais il n’était pas vraiment mon idole. Moi, je m’intéresse plus au caractère d’un joueur qu’à son jeu proprement dit. Par exemple, j’ai toujours adoré Marat Safin. Je trouve qu’il dégage un charisme incroyable. Mais, après l’avoir côtoyé, je me suis rendu compte que Roger avait lui aussi un charisme de dingue ! Il peut tout faire avec la balle. On peut avoir l’impression qu’il ne met pas beaucoup de poids, qu’il joue vite. Mais, en fait, sa balle gicle énormément et elle est hyper lourde. Je n’avais jamais affronté une balle aussi lourde. Son fouetté du poignet est hallucinant.
Il m’a encouragé mais sans non plus me lancer des fleurs. Il m’a dit que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre parce que j’étais jeune. Je suis encore trop fougueux. Mais vivre une expérience pareille m’a beaucoup appris. J’ai naturellement un bon bras et je suis capable de faire péter un coup gagnant de n’importe quel coin du terrain. Mais il me manque le jeu de terre battue, ce jeu où l’on doit construire le point. Vu que je suis gaucher, il faut que je me serve de cet avantage. Or, c’est exactement ce que Roger me demandait : construire le point comme Nadal le fait. Ça t’oblige à plus de rigueur.
On mangeait ensemble à midi. C’est un mec hyper simple. On ne se prenait pas la tête avec le tennis, on parlait de voitures, de foot… À l’entraînement, on bossait hyper sérieux. Mais, en dehors, on ne parlait presque jamais de tennis. Il ne cherche pas à se la jouer, du genre “c’est moi le numéro 1.” Au contraire : à Zurich, il voulait être tranquille. C’est la force des champions : ils sont presque timides.
Le premier matin, il est venu me chercher à l’hôtel. Bon, c’est sûr, les dix premières secondes, ça fait un choc… Mais, une fois dans sa voiture, il met une ambiance telle que tu as l’impression de le connaître depuis trente ans ! Là, j’ai presque l’impression de le connaître depuis que je suis tout petit (rires) ! Résultat : je n’ai pas eu peur de jouer contre lui, je n’ai pas mouillé. Il détend l’atmosphère, il te met à l’aise.
Il me disait : « On va voir qui c’est le plus fort ! »
Ce qui m’a le plus étonné, c’est l’intensité de dingue qu’il met dans chaque entraînement. On se posait deux minutes et on enchaînait avec un quart d’heure à fond. Dès que je ratais, Tony Roche engageait direct, comme s’il voulait mettre Roger dans une situation de match face à Nadal, pour qu’il reste essoufflé et qu’il apprenne à tenir le rythme qu’impose Nadal sur chaque point.
Avec mon père, on découvre le monde des pros. Et on s’est rendu compte d’un truc : plus tu montes de niveau, plus les entraînements sont simples. On ne cherche pas à faire des trucs mathématiques. Par exemple : je lui pilonnais le revers et dès qu’il se décalait en coup droit ou qu’il jouait long de ligne, on jouait le point. C’est simple, mais tout ce qu’il fait est bien fait. Il n’hésite pas à sortir une vanne entre les points, mais dès que le point est parti, ça ne plaisante plus.
Moi, j’ai l’habitude de chambrer pendant les entraînements. Une fois, je lui faisais des courts croisés droite-gauche à toute allure, lui s’arrachait et j’ai osé lui dire “Allez, Roger !”. Ça l’a fait marrer. Après, lorsqu’il engageait, il me disait : “Bon, on est numéros 1 tous les deux, c’est bien ça ? Eh bien, on va voir qui c’est le plus fort !” L’ambiance était vraiment sympa…
À l’entraînement, il est très calme, très posé. Il ne bronche pas, il bosse. Une fois, Pierre Paganini (son préparateur physique) lui a demandé de faire deux tours de terrain. Il n’avait même pas fini sa phrase que Roger était déjà parti. Il est très obéissant par rapport à Tony ou à Pierre.
Ce que je retiens de tout ça, pour moi, c’est que le niveau est très haut, mais pas inaccessible. Bon, d’accord, Roger est 400 fois au-dessus mais les mecs du top 30 ne sont pas des surhommes. Ça va presque plus vite en juniors. Mais il y a beaucoup plus de déchets… Là, j’ai vraiment appris comment poser mon jeu. De toute façon, contre Roger, tu n’as pas le droit de jouer court : tu perds le point cent fois sur cent. La rigueur, je connais. Mais, face à lui, il faut l’avoir sur chaque point, sur chaque frappe, pendant trois heures.
On n’a pas trop parlé de Nadal. Je ne voulais pas le gonfler avec ça. Ça doit déjà le saouler de perdre tout le temps contre lui ! Par contre, je sais que Tony Roche était content de moi. Il m’encourageait beaucoup et il a parlé avec mon père à l’hôtel. Apparemment, il était content. À la fin, j’étais presque triste de partir. Ils sont tellement attachants, même Tony. Quand tu le vois à la télé, tu as l’impression qu’il dort dans les tribunes. En fait, c’est un mec hyper ouvert et vachement marrant. En partant, il m’a dit : “On se voit à Roland, c’est sûr !”
VINCENT COGNET
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