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french tennis - problemes

Marine
11-03-2004, 10:07 AM
I post an article from l'equipe, for the frenchies of the forum, sorry but it's not easy to translate, I don't try.

c'est un exposé sur les éternels problèmes des Français pour être meilleurs... intéressant et souvent pertinent hélas !


"À COURT D’OBJECTIF"


Les joueurs de tennis français ont actuellement disparu de l’élite mondiale. Auraient-ils perdu le mode d’emploi ?

La France est, avec l’Espagne, la nation qui compte le plus de joueurs parmi les 200 premiers de l’ATP. Jamais le réservoir n’a été aussi fourni. Pourtant, un seul joueur, Mickael Llodra (no 45), a pu entrer directement dans le tableau de Bercy. Alors que la qualité de leur coup de raquette fait l’admiration des étrangers, les joueurs français ont actuellement perdu le contact avec le peloton de tête du circuit. Embourgeoisement ? Peut-être… mais pas seulement.
VENANT D’ANTHONY DUPUIS, un joueur peu enclin à se faire remarquer par des déclarations tapageuses, l’aveu a interpellé tout le tennis français. Huitième joueur tricolore de la hiérarchie mondiale, le Palois occupe à trente et un ans le quatre-vingtième rang à l’ATP. Il est l’un des quatre Français à avoir remporté un tournoi cette année, à Milan en février, et son compte en banque a été crédité d’un total de 1 296 140 dollars de « prize money », depuis ses débuts en 1992.

Il y a quinze jours à Madrid, Dupuis livrait à Philippe Bouin cette autocritique sans équivoque : « On s’embourgeoise. Je m’endors. On a tendance à ronronner. L’argent tombe. Les hôtels sont beaux. On est un peu comme des bourgeois. »

« Il a exprimé quelque chose que tout le monde sait, mais ne dit pas, analyse Makis Chamalidis, docteur en psychologie et consultant à la FFT. Il a probablement levé les protections, pour se remettre en danger, et il a bien fait. C’est une bonne réaction. »

Un rapide tour de coursives à Bercy permet de constater que si aucun joueur ne s’avoue directement concerné par l’embourgeoisement, chacun est conscient du risque encouru face aux « sirènes du trop-content de soi », image empruntée à Makis Chamalidis.

« Ce n’est pas tellement que les joueurs s’embourgeoisent, constate Eric Deblicker, responsable du haut niveau et nouveau coach de Richard Gasquet, mais ils ont un peu tendance à perdre du temps. C’est un mal assez français. D’un seul coup, il y en a qui se demandent : “Mais il est où, mon projet ?” En fait, il faut qu’ils aient des trucs qui les excitent. »

Des objectifs qui les hissent vers leurs limites, comme une place en Coupe Davis, le turbo-moteur du tennis français, ou bien un désir de revanche tel que l’illustre Fabrice Santoro, numéro 2 français à trente-deux ans, qui a gagné dix-sept places cette année au classement ATP, après s’être fait exclure de l’équipe de France. Ou encore l’ambition de crever l’écran, comme Gaël Monfils ou Mickael Llodra, les deux Français qui ont le plus besoin de s’extérioriser.


Champion :« Que Gaël capte ce qu’est le plaisir dans la difficulté »

Nouveau coach de Gaël Monfils, Thierry Champion place l’idée d’un « projet personnel à développer », en tête de priorité pour éviter les pièges tendus aux joueurs trop gâtés : « Je me force un petit peu à faire comme si Gaël était “normal”, mais je vois bien que non. Mais son côté “tout fou”, on va le garder. C’est ce qui fait sa force, et fera de temps en temps aussi sa faiblesse, mais peu importe. À moi de l’amener à bien se connaître pour qu’il sache se donner à cent pour cent et pas à 110 % ni à 90 %. Son projet n’est pas basé sur un classement, mais sur la recherche d’une forme de jeu bien à lui. Je veux qu’il entre sur le terrain pour prendre du plaisir. C’est une notion essentielle, mais dure à comprendre pour les jeunes. Ils pensent qu’on leur dit : “Si tu rates, tu n’as qu’à sourire !” Non, je veux qu’il capte ce qu’est que le plaisir dans la difficulté. » Comme Jo-Wilfried Tsonga, qualifié pour le deuxième tour à Bercy, semble l’avoir compris, après un an de collaboration avec Éric Winogradski.

Tout est là. Dans la conviction que quoi qu’il arrive on aura envie de rendre coup pour coup à l’adversaire. Jérôme Potier, qui s’occupe à la Fédération du groupe des « premières séries », ramène depuis plusieurs années des brebis égarées vers le droit chemin. À eux ensuite de se prendre en main, comme l’a fait Jérôme Haehnel, l’enthousiasmant vainqueur de Metz. Potier est catégorique : « Je peux affirmer que dans le tennis français, ça bosse vachement. La plupart des joueurs ont de beaux physiques, et les crocs. Mais ils n’ont pas conscience de ce qu’ils pourraient obtenir en ne lâchant rien en match. »

À l’image de Paul-Henri Mathieu, modèle de vertu en matière d’investissement dans le travail, et d’abnégation face aux aléas de la vie. Tenu à l’écart de janvier à juillet 2004 en raison d’une blessure au poignet, il a cravaché comme un damné pour essayer de finir l’année en beauté. Alors, quand Olivier Soulès, son entraîneur, a vu, lundi, son poulain jeter sa raquette (pour la première fois en un an de collaboration), et perdre sans gloire à Bercy (contre Malisse), il fut envahi par une légitime colère. Le lendemain, il préférait en plaisanter : « J’ai acheté une lampe, et cette fois c’est décidé, il va parler ! » Plus sérieusement : « Nous allons faire un débriefing de l’année. Ça va être dur, mais il faut que Paulo s’ouvre, qu’il nous donne des billes (à son préparateur physique, Paul Quétin, et moi-même) pour l’aider. Nous sommes à 200 % derrière lui, mais il doit nous permettre de comprendre d’où vient cette frustration qui fait que soudain, il n’est plus le même joueur. Il peut en taper des mecs, il a le droit de mal jouer aussi, mais il faut qu’il ose parler de ce qui ne va pas. »

Et d’ajouter : « En France, il y a trop de prise de tête. Une mouche qui passe, et l’on est déstabilisés. Les Américains, les Espagnols ou les Argentins s’attardent moins sur ces détails-là. »

Saulnier : « Jamais dans le flou, mais dans le vrai, jamais dans la routine »

Sur quoi s’attardent les Français ? Dans son bureau des Invalides, Makis Chamalidis déploie sa carte du mental, outil de travail inspiré de la carte de Tendre (XVIIIe siècle). Désignant la « Côte des démons », il décrit les éléments les plus perturbateurs chez les joueurs français : « La peur d’être jugé ; la dette envers ceux qui leur tendent la main (le paroxysme étant atteint lors de l’attribution des wild-cards à Roland-Garros et à Bercy) ; les scénarios inutiles (films-catastrophe) ; le fameux « Trop-content-de-soi » ; l’absence de recul face aux louanges médiatiques… »

La solution toute trouvée rejoint celle proposée par Thierry Champion : « Chercher la souffrance pour retrouver le plaisir. » Et le psychologue d’ajouter : « La France est un pays où le “Think positive” à l’américaine a du mal à passer. Il est préférable de valoriser l’objectif intérieur : “Tu as un projet exceptionnel, qui nécessite des décisions exceptionnelles, et t’oblige à accepter des contraintes exceptionnelles. Prends ton rêve au sérieux.” »

L’exemple extrême nous vient de Cyril Saulnier. À vingt-neuf ans, le Toulonnais exilé en Floride n’est pas sujet à l’embourgeoisement. Quatrième Français au dernier classement ATP, avec le dossard no 55, il a bénéficié à Bercy d’une wild-card (comme Mathieu et Clément) pour une saison brillante et régulière. Il est le seul joueur tricolore à investir autant d’argent sur lui-même, dans une structure où « plus rien n’est livré au hasard », avec un entraîneur tennis, un préparateur physique, un prépa mental, un diététicien. Grâce à ce dispositif, il n’est jamais blessé, et toujours motivé : « J’ai la chance d’avoir un entraîneur tennis (Lionel Zimbler), qui cherche toujours des solutions, un nouvel objectif chaque jour. C’est dur, on s’engueule, mais il faut savoir ce qu’on veut. On n’a rien sans rien. Ainsi, je ne suis jamais dans le flou, mais dans le vrai. Jamais dans la routine. Je garde la flamme. » Son objectif : « Cette année, je voulais entrer dans le top 50 : c’est fait. »


Sébastien Grosjean s’est-il « embourgeoisé » ? A-t-il encore faim ?
L’an prochain ? « La question n’a pas encore été soulevée. »

Mais elle le sera. Forcément. Avant la reprise du travail foncier, précédant le départ en Australie en janvier.

Ce sera aussi le temps des bonnes résolutions et du regain d’espoir pour Arnaud Clément, auteur de la plus grosse chute au classement (71 places) malgré les kilomètres qu’il parcourt obstinément sur un court chaque jour, pour Nicolas Escudé, opéré de l’épaule et convalescent, et autres Grégory Carraz qui a échangé ses billets de voyage de noces pour un circuit de trois challengers sur moquette en Allemagne, afin de limiter la casse. Quand on vous dit que ça bosse !

Difficile de ne pas se poser la question de savoir ce que devient, pendant ce temps, le numéro 1 français. À vingt-six ans, Sébastien Grosjean s’est-il « embourgeoisé » lui aussi ? A-t-il encore faim ? Traverse-t-il un désert comme Safin avant lui, ou Ferrero, actuellement ? Difficile de répondre à distance. On sait que son statut de père de famille ne favorise pas les voyages le cœur léger. Arnaud Boetsch, aujourd’hui consultant sur France Télévisions, se souvient : « J’étais duuzième mondial, et vainqueur de la Coupe Davis. Mon ultime ambition était d’entrer dans le top ten. Mais mon organisme partait en vrille. Mes limites étaient réelles. Il fallait bosser encore plus alors que, dès la naissance de mon premier fils, ma deuxième vie m’appelait déjà. Comme je ne voulais pas rester dans le ventre mou du classement ATP pour gratter un peu d’argent, j’ai arrêté. J’ai construit autre chose. »

Yannick Noah se sent solidaire d’un Grosjean : « Être père de famille et joueur de tennis est la chose la plus difficile que je connaisse. Tu n’as pas tapé ta première balle que tu souffres déjà de l’éloignement. Moi, quand mes gosses n’ont plus été en âge de me suivre, ça a été le début de la fin. Mais j’étais déjà plus âgé que Seb. »

Grosjean va-t-il se donner les moyens de ses ambitions affichées il y a deux ans de décrocher le numéro 1 ? Une question que tout le monde se pose à laquelle l’intéressé oppose un silence prolongé.

On sait par ses agents qu’il a le moral, et prépare sa rentrée pour le 3 janvier. Que l’identité de son nouveau coach pourrait être connue d’ici à une dizaine de jours.

Reste à savoir s’il va une nouvelle fois répondre à une contrariété par un exploit, comme il l’a fait plusieurs fois au cours de sa carrière riche en rebondissements. En tout cas, comme le souligne Makis Chamalidis, l’influence d’un numéro 1 est déterminante sur ses suiveurs. « Soit il est au-dessus du lot, façon Noah, et il tire tout le monde vers le haut, soit il montre des fragilités qui pourraient donner à d’autres l’envie de prendre sa place. La meilleure marque de respect serait d’essayer. »

En ont-il envie ? En ont-ils conscience ? En ont-ils peur ? Le mieux placé pour en parler est « Mika » Llodra, troisième Frenchie du classement mondial (no 45), auteur de la plus belle progression de l’année avec 74 places grappillées, un titre à ’s-Hertogenbosch, et une pêche d’enfer.

Le décès de sa maman au printemps 2003, la naissance de sa fille quelques mois plus tard, le soutien de son épouse, et « coaches-amis », Emmanuel Planque dans un premier temps, et Lionel Roux qui prend officiellement le relais, ont amené le fantasque gaucher à « se poser les bonnes questions, au bon moment ». Résultat. « Je sais pourquoi je joue ! Bien sûr, on a tendance à s’embourgeoiser de temps en temps, dit le futur voisin suisse des Forget, Clément, Escudé, et Cie. Mais le vrai moteur, ce n’est pas l’argent. C’est ce qui est “bandant” sur un court de tennis : avoir le public derrière soi, se battre. Et voir les jeunes arriver, ça booste ! Cela dit, quand le chèque arrive trois semaines après, on est contents.

Mel
11-04-2004, 01:34 PM
"Mais il est où, mon projet?" hehe

Very interesting article indeed, and quite funny sometimes, given how good they are at making life complicated for themselves. But that's why they're so touching, no? ;)

Merci d'avoir tapé tout ça, Marine. And I see that you saved a quote as your signature... nice one.

Hangdog
11-05-2004, 11:15 AM
Yeah, it impresses. Well, I’m not “the frenchie of the forum”, but it’s a very useful thing to read different articles in foreign languages that you learn. Merci, Marine!!
And generally about problems of french tennis. I remember a phase of Llodra’s coach after Michael’s loss a week ago in SPb. He said: “There were no problems, I don’t know what’s happened”. No problems... Yes, stability is a attribute of Master, but life is a difficult thing, and sometimes it’s impossible to be stabile. So this season is “riche en rebondissements”. With trainings I think there are really no promlems but about mental preparation... For every sportsman it’s the most important thing. If you haven’t enough actual motivation, the years of hard trainings won’t help you. You have to see a concrete aim before yourself and feel that everything you do is necessary for other people. So it’d be great to have a person near yourself who can persuade everybody in everything (psychologist or not – it isn’t very important). A special mental coach. And the most perfect thing is if you can unaidedly prepare yourself for tournament or competitions. Well, it’s possible to descant this question for very long time... I want to say about problems of french tennis only that it’d be better to have more profound mental preparation and, one more thing, to spend more time (and give more attention) for correcting mistakes (in technique or some other).
P.S. I have a feeling that we’ll see Seb next year